La vue des bacs à sacs à dos vides où les dons devraient affluer présente une réalité inquiétante pour les banques alimentaires du Nouveau-Brunswick cet été. À l’approche de la rentrée scolaire, les organismes de toute la province signalent une augmentation sans précédent du nombre de familles cherchant de l’aide pour les fournitures scolaires, soulignant les pressions financières croissantes auxquelles font face les ménages canadiens.
“Nous constatons deux fois plus de demandes par rapport à l’année dernière,” explique Jasmine Thompson, directrice du Garde-manger communautaire de Fredericton. “Les parents viennent nous voir avec une véritable anxiété quant à la façon dont ils vont équiper leurs enfants pour l’école tout en continuant à mettre de la nourriture sur la table.”
Cette tendance s’étend au-delà des grands centres urbains jusque dans les petites communautés du Nouveau-Brunswick, où les banques alimentaires locales traditionnellement axées sur le soutien nutritionnel élargissent rapidement leurs services pour inclure les nécessités éducatives. Les bénévoles rapportent que des familles commencent à se renseigner sur les fournitures scolaires dès juin, soit plusieurs semaines plus tôt que les années précédentes.
Les données économiques confirment ce que les travailleurs de première ligne constatent. Selon Statistique Canada, le taux d’inflation au Nouveau-Brunswick a constamment dépassé la croissance des salaires au cours des 18 derniers mois, les biens ménagers essentiels connaissant certaines des hausses de prix les plus importantes. Les fournitures scolaires n’ont pas été épargnées, le coût moyen d’équipement d’un élève du secondaire ayant augmenté d’environ 12 % depuis 2022.
“Les calculs deviennent impossibles pour de nombreuses familles,” note Dr. Eleanor Markham, économiste à l’Université du Nouveau-Brunswick. “Lorsque les coûts de logement consomment plus de 50 % du revenu des ménages, comme c’est le cas pour près d’un tiers des locataires du Nouveau-Brunswick, même des dépenses supplémentaires modestes comme les fournitures scolaires peuvent déclencher une crise financière.”
Les banques alimentaires ont réagi en lançant des collectes spécialisées, en partenariat avec des entreprises locales et des organisations communautaires pour répondre aux besoins croissants. À Saint John, la Banque alimentaire Harbor Light a transformé sa salle de stockage auxiliaire en “Dépôt de fournitures scolaires”, où les familles peuvent choisir du matériel adapté à chaque niveau scolaire dans la dignité.
“Nous essayons de normaliser l’expérience,” explique Robert Finley, directeur de Harbor Light. “Les enfants devraient ressentir de l’enthousiasme à l’idée de retourner à l’école, pas de la honte quant à leur équipement.”
Le gouvernement provincial a reconnu le problème mais n’a offert qu’une aide directe limitée. Un porte-parole du ministère de l’Éducation a souligné les crédits d’impôt existants et le programme Réussite étudiante, qui fournit certaines fournitures aux écoles admissibles.
Pour de nombreuses organisations communautaires, ces mesures sont toutefois insuffisantes pour répondre aux besoins immédiats. Plusieurs ont lancé des campagnes de financement d’urgence, notamment “Des crayons pour tous” à Moncton et des initiatives “Remplissez l’autobus” dans plusieurs communautés.
Les experts préviennent que cette tendance reflète des vulnérabilités économiques plus profondes. “Les banques alimentaires qui deviennent de facto des distributeurs de fournitures scolaires signalent une expansion préoccupante de la précarité,” explique Dr. Amanda Chen, chercheuse en politique sociale. “Nous assistons à la normalisation de la charité comme substitut à des soutiens de revenu adéquats.”
À l’approche de septembre, les directeurs des banques alimentaires restent préoccupés quant à leur capacité à répondre à la demande. La plupart signalent des niveaux de dons nettement inférieurs aux objectifs, avec des pénuries particulières de sacs à dos, de calculatrices scientifiques et de fournitures artistiques.
“Nous ferons tout notre possible pour qu’aucun enfant ne commence l’école sans préparation,” affirme Thompson. “Mais la question plus large demeure : dans un pays aussi riche que le Canada, pourquoi tant de familles sont-elles forcées de choisir entre une nutrition adéquate et des nécessités éducatives?”
Alors que les communautés canadiennes se mobilisent pour répondre aux besoins immédiats, la situation au Nouveau-Brunswick soulève d’importantes questions sur les solutions durables à la vulnérabilité économique. Comment pourrions-nous repenser les systèmes de soutien pour éviter que les familles ne soient confrontées à des choix impossibles entre les nécessités de base?