Le bruit de la craie sur les tableaux noirs est progressivement remplacé par des discussions sur l’empreinte carbone et les sources d’énergie renouvelable dans les salles de classe du Canada, alors que les éducateurs plaident de plus en plus pour une éducation complète sur le changement climatique. Un mouvement croissant d’enseignants canadiens exige que les ministères provinciaux de l’éducation mettent en œuvre des programmes climatiques plus robustes pour préparer les élèves à un avenir environnemental incertain.
“Nous enseignons à la génération qui fera face aux conséquences les plus graves du changement climatique,” explique Sarah Richardson, une enseignante de sciences du secondaire de Vancouver qui a récemment contribué au lancement d’une pétition ayant recueilli plus de 12 000 signatures d’éducateurs à travers le pays. “Pourtant, de nombreux programmes provinciaux traitent encore la science du climat comme un contenu optionnel plutôt que comme une connaissance essentielle.”
Cette initiative survient dans un contexte d’indicateurs climatiques inquiétants pour le Canada, qui se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale selon Environnement et Changement climatique Canada. Le pays a connu des incendies de forêt, des inondations et une érosion côtière de plus en plus graves ces dernières années, avec des dommages économiques liés aux catastrophes climatiques dépassant 2,5 milliards de dollars par an depuis 2020.
Actuellement, l’éducation climatique varie considérablement d’une province à l’autre. La Colombie-Britannique et le Québec ont intégré les concepts climatiques dans plusieurs matières dès les premières années, tandis que l’Alberta et la Saskatchewan offrent une couverture plus limitée, présentant souvent la science du climat aux côtés de points de vue opposés qui remettent en question le consensus scientifique établi.
“Il existe une incohérence dangereuse dans la façon dont les élèves canadiens apprennent sur le changement climatique,” souligne Dre Emma Patel, chercheuse en éducation environnementale à l’Université de Toronto. “Certains obtiennent leur diplôme avec une compréhension sophistiquée des systèmes climatiques et des solutions, tandis que d’autres ne reçoivent qu’une exposition minimale à ces concepts critiques.”
La Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants a récemment publié un document de position appelant à des normes nationales pour l’éducation climatique. Leur proposition comprend un contenu climatique adapté à l’âge commençant à l’école primaire, des approches interdisciplinaires reliant le climat aux études sociales et à l’économie, et des projets pratiques de durabilité qui permettent aux élèves de prendre des mesures concrètes.
Des partenaires industriels se joignent également à l’initiative. “Les entreprises d’énergie propre cherchent désespérément des travailleurs qui comprennent les défis climatiques,” affirme Michael Chen, directeur du développement de la main-d’œuvre chez RenewCanada, un consortium d’énergie renouvelable. “Les écoles qui développent cette base de connaissances préparent les élèves pour le secteur à la croissance la plus rapide de notre économie.”
Tout le monde ne soutient pas ce mouvement. Certains groupes de parents et groupes de réflexion conservateurs ont exprimé des préoccupations concernant un potentiel biais politique dans l’éducation climatique. “Nous soutenons l’enseignement de la gestion environnementale, mais nous nous inquiétons que l’alarmisme remplace une enquête scientifique équilibrée,” déclare Catherine Wells de Parents pour le choix éducatif.
Néanmoins, des sondages récents suggèrent que 72 % des parents canadiens croient que le changement climatique devrait être une composante obligatoire de l’éducation publique. De nombreux conseils scolaires n’attendent pas les mandats provinciaux et développent plutôt leurs propres cadres de littératie climatique et programmes de formation des enseignants.
Le mouvement a particulièrement pris de l’ampleur en Ontario, où une coalition de syndicats d’enseignants et d’organisations environnementales a récemment obtenu un engagement du ministère de l’Éducation pour revoir le contenu climatique dans tout le curriculum de la maternelle à la 12e année.
“Il ne s’agit pas d’endoctrinement, mais de préparation,” souligne Richardson. “Qu’ils deviennent ingénieurs, agriculteurs, travailleurs de la santé ou chefs d’entreprise, les élèves d’aujourd’hui devront comprendre les systèmes climatiques pour réussir dans leur carrière et leurs communautés.”
Alors que l’automne approche et qu’une nouvelle année scolaire commence, la question demeure: les systèmes éducatifs du Canada s’adapteront-ils assez rapidement pour préparer les jeunes aux défis climatiques auxquels ils feront inévitablement face? La réponse pourrait déterminer non seulement les résultats académiques, mais aussi notre capacité collective à naviguer dans un avenir climatique de plus en plus instable.