Dans une évolution inquiétante que les experts humanitaires qualifient de “sans précédent”, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a rapporté hier que le nombre de personnes enregistrées comme disparues à l’échelle mondiale a connu une hausse vertigineuse de 70% au cours des cinq dernières années. Cette tendance alarmante reflète une crise humanitaire croissante qui transcende les frontières et affecte des communautés du monde entier.
Derrière les froides statistiques se cachent des histoires humaines dévastatrices—des familles suspendues dans un état d’incertitude perpétuelle, incapables de faire leur deuil correctement ou d’aller de l’avant. “L’impact psychologique d’avoir un proche disparu est souvent décrit comme une ‘perte ambiguë’, qui peut être plus traumatisante qu’un décès confirmé”, a expliqué Dre Elena Moretti, psychologue en chef du CICR, lors de la conférence annuelle de l’organisation à Genève.
Selon la base de données complète du CICR, environ 210 000 personnes étaient officiellement enregistrées comme disparues à la fin de 2024, comparativement à environ 123 000 en 2020. Ces chiffres, cependant, ne représentent probablement qu’une fraction du total réel, car de nombreux cas ne sont pas signalés en raison de la peur, de la méfiance institutionnelle ou d’un accès limité aux mécanismes de signalement.
Les causes de cette augmentation dramatique sont multiples. Les conflits armés dans des régions comme l’Europe de l’Est, certaines parties de l’Afrique et le Moyen-Orient continuent de déplacer des millions de personnes. Les catastrophes liées au climat ont forcé des flux migratoires sans précédent, tandis que l’instabilité économique a engendré des schémas dangereux de migration irrégulière. Le rapport du CICR souligne que près de 40% des nouveaux cas de personnes disparues proviennent des routes migratoires, particulièrement à travers la mer Méditerranée, les corridors d’Amérique centrale et les voies d’Asie du Sud-Est.
“Ce dont nous sommes témoins est un parfait concours de circonstances”, a déclaré Marco Suarez, directeur de CO24 World News. “L’instabilité politique, les changements climatiques et les inégalités économiques créent des schémas migratoires d’une ampleur et d’une complexité jamais vues auparavant, et nos systèmes internationaux ne sont pas équipés pour suivre ceux qui disparaissent au cours de ces voyages.”
La réponse technologique à cette crise a considérablement évolué. La Croix-Rouge a élargi son programme Trace the Face, qui utilise la technologie de reconnaissance faciale pour aider à reconnecter les familles. De plus, un nouveau système d’identification basé sur la blockchain appelé “DigitalID” a été mis en œuvre dans 47 pays, créant des dossiers inviolables qui peuvent survivre même lorsque la documentation physique est perdue.
Le Canada n’a pas été épargné par cette tendance mondiale. Le Centre canadien des personnes disparues signale une augmentation de 32% des cas transfrontaliers de personnes disparues, impliquant principalement des individus qui ont disparu lors de voyages à l’étranger ou pendant des tentatives de migration. Cela a suscité des appels à une coopération internationale renforcée et à des protocoles de signalement standardisés.
“L’aspect le plus déchirant de cette crise est sa nature évitable”, a remarqué Fatima Abdallah, analyste principale à l’Organisation internationale pour les migrations. “Avec des systèmes de documentation appropriés, une coopération internationale et des corridors humanitaires, beaucoup de ces disparitions pourraient être complètement évitées.”
Le CICR a appelé à une action urgente, incluant un financement accru pour les technologies d’identification, l’établissement de plus de centres de réunification familiale dans les points chauds de migration, et une meilleure coordination entre les agences nationales. Ils ont également souligné la nécessité de solutions politiques pour s’attaquer aux causes profondes des déplacements forcés.
Alors que des familles à travers le monde continuent de chercher des réponses, la communauté internationale fait face à une question cruciale : à une époque de connectivité technologique sans précédent, comment pouvons-nous encore perdre la trace de tant d’êtres humains? La réponse pourrait se trouver non pas dans nos capacités, mais dans nos priorités collectives.