Le compte à rebours est lancé pour les consommateurs et entreprises canadiens alors que le gouvernement fédéral s’apprête à éliminer l’exemption de minimis au début de 2025. Ce changement fiscal apparemment technique s’annonce comme un bouleversement majeur dans le paysage commercial canadien, forçant les entreprises à s’adapter rapidement ou à risquer d’être prises au dépourvu lorsque les achats transfrontaliers deviendront nettement plus coûteux.
“Nous assistons à l’un des changements les plus importants du commerce de détail canadien depuis des années,” affirme Michael Thompson, analyste du commerce à l’Association canadienne du commerce. “Les entreprises qui ont compté sur des fournisseurs américains sans considérer les implications fiscales s’empressent de restructurer leurs chaînes d’approvisionnement.”
Le seuil de minimis, qui permet actuellement aux Canadiens d’importer des marchandises d’une valeur maximale de 150 $ sans payer de droits et jusqu’à 40 $ sans TPS/TVH, a longtemps constitué un avantage concurrentiel pour les plateformes américaines de commerce électronique. Son élimination signifie que les consommateurs canadiens feront face à des coûts supplémentaires sur pratiquement tous les achats transfrontaliers, quelle que soit leur valeur.
Pour Melissa Chan, propriétaire de Coastal Imports à Vancouver, ce changement représente à la fois un défi et une opportunité. “Nous avons été en concurrence avec des détaillants américains qui bénéficient essentiellement d’un avantage fiscal lorsqu’ils vendent aux Canadiens. Bien que cela équilibre les règles du jeu, nous investissons massivement dans de nouveaux systèmes de gestion des stocks pour gérer les exigences accrues en matière de conformité.”
L’Agence des services frontaliers du Canada estime que l’élimination de l’exemption générera plus de 300 millions de dollars de revenus annuels supplémentaires. La ministre des Finances Chrystia Freeland a défendu cette mesure comme nécessaire pour “créer une équité fiscale” entre les détaillants nationaux et étrangers.
De grands détaillants comme Canadian Tire et La Baie d’Hudson ont publiquement soutenu ce changement, leurs dirigeants évoquant le potentiel de récupérer des parts de marché perdues au profit de concurrents américains. Pendant ce temps, Amazon Canada a annoncé des plans pour étendre son réseau d’entreposage canadien de 15 % avant la fin de l’exemption, se positionnant pour minimiser les expéditions transfrontalières pour les clients canadiens.
Les petites entreprises font face à des défis particuliers. Un sondage de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante a révélé que 68 % des propriétaires de petites entreprises qui importent régulièrement des produits s’inquiètent de l’augmentation des charges administratives, tandis que 54 % s’inquiètent des impacts sur leur trésorerie liés au paiement anticipé des droits et taxes.
“Les coûts de conformité sont substantiels,” explique l’avocate fiscaliste Priya Singh. “Les entreprises doivent mettre en œuvre de nouvelles procédures pour les déclarations douanières, comprendre les nomenclatures tarifaires harmonisées et potentiellement s’inscrire pour la perception fiscale dans plusieurs provinces. Beaucoup de petites structures manquent d’expertise pour gérer cela en interne.”
Plusieurs solutions technologiques ont émergé pour répondre à ces préoccupations. La startup torontoise ClearCalc a développé un logiciel qui calcule automatiquement les droits et taxes pour les marchandises importées, tandis que les grandes entreprises de transport comme UPS et FedEx ont élargi leurs services de courtage en douane.
“Nous avons constaté une augmentation de 40 % des demandes concernant nos outils de conformité,” déclare Jean-Marc Dubois, vice-président de la société logistique montréalaise CanShip. “Les entreprises avisées se préparent maintenant plutôt que d’attendre la date limite.”
Les consommateurs peuvent également s’attendre à des changements dans la façon dont les détaillants en ligne présentent leurs prix. Les entreprises américaines vendant aux Canadiens adopteront probablement des approches plus transparentes montrant les coûts totaux, y compris les droits et taxes, lors du paiement — une pratique déjà courante dans l’Union européenne.
À quelques mois de la mise en œuvre, la course est lancée pour que les entreprises canadiennes s’adaptent. Celles qui réussiront cette transition pourraient se retrouver mieux positionnées dans un paysage commercial où les avantages du magasinage transfrontalier auront considérablement diminué.
Alors que les détaillants, grands et petits, se préparent à ce changement monumental, une chose est claire : la fin de l’exemption de minimis transformera la façon dont les Canadiens magasinent en ligne et comment les entreprises abordent le commerce transfrontalier pour les années à venir.